dimanche 20 août 2017

XVIèmes Rencontres de Die 2018 : Du vendredi 26 janvier au dimanche 04 février 2018...



Mieux vivre ensemble… Osons la fraternité !
XVIèmes Rencontres de Die 2018

Du vendredi 26 janvier au dimanche 04 février 2018

A Die, le Diois et dans la Biovallée
Réunion publique ouverte à toutes et tous de coconstruction du programme 2018 salle Fondgiraude de Die ce lundi 28 aout 2017 à 18.30 heures


 « Nous sommes dans une situation historique, ou l’humanité risque la sortie de route. Pour éviter la sortie de route pour l’humanité, il est très important de développer un imaginaire positif. Et l’imaginaire positif c’est du désir d’humanité. « Certes, l’humanité est au 21ème siècle confrontée à des rendez vous cruciaux sur lesquels elle joue sa propre existence ; mais de la même façon que le rameau hominien, qui a failli disparaître à plusieurs reprises, a été capable de se maintenir et de progresser, parce que il y a eut des sauts qualitatifs dans l’ordre de la conscience, à l’intérieur de l’évolution biologique nous sommes confrontés à un problème qui n’est pas dans l’ordre de l’évolution biologique, qui n’est pas dans l’ordre de l’hominisation mais qui est dans l’ordre de l’humanisation. » La question que posait Patrick Viveret « aux Rencontres de Die », en 2016 pose est « Comment grandissons nous en humanité ? Comment saisissons nous l’occasion de ces défis ? Défi écologique, défi de passer des guerres de civilisations à des dialogues de civilisations, défis d’une construction d’une citoyenneté et d’une démocratie mondiale. » La question est donc bien : « Quel est l’offre de projet de vie ? » Tant pour les individus que pour l’humanité.
Et c’est là, qu’il suggère de « produire de la haute qualité démocratique, c’est à dire une démocratie qui change la nature du rapport au pouvoir ». Il rappelle que c’est d’ailleurs le cœur du programme auto-gestionnaire , et remarque qu’il y a une formidable actualité de la question auto-gestionnaire ; parce que « la question humaine c’est la question de l’auto-gouvernance de l’humanité par elle même ».
Il y a eu un moment donné où, pour faire vraiment de la politique, il fallait construire la mutation d’une société qui était une société civile en une société civique. C’était l’émergence de tous ces mouvements de citoyenneté active dont le mouvement alter-mondialiste est une des formes. Mais je considère qu’il s’agit toujours d’un enjeu de nature politique. Il n’y a pas en effet une exclusivité des partis politiques sur la question politique.
L’humanité risque la sortie de route
Nous sommes dans une situation historique où l’humanité risque la sortie de route. C’est le point majeur à partir duquel il nous faut raisonner. L’humanité est une espèce extraordinairement jeune, par rapport à d’autres espèces animales et cela même si nous prenons le rameau hominien dans son ensemble.
C’est bien sûr encore plus le cas si nous nous centrons sur le prétendu Homo Sapiens Sapiens dont Edgar Morin a raison de dire qu’on ferait mieux de l’appeler Homo Sapiens Démens, car sa folie est au moins égale à son génie ! Qu’est ce que cent mille ans dans l’histoire d’une espèce ? Ce n’est pas faire du catastrophisme que de dire que cette espèce extraordinairement jeune risque la mortalité infantile.
C’est à dire que nous sommes dans une situation ou les conditions, soit de notre propre auto destruction soit de la destruction des conditions écologiques de notre habitat, soit, ce qui est plus subtil et qui est également très important, la destruction de notre désir d’humanité sont réunies. En effet, derrière le més-usage des conditions du vivant, dont le clonage n’est que la forme émergée, il y a des éléments beaucoup plus fondamentaux dès lors que l’espèce humaine est en train d’acquérir les conditions de sa propre production et donc, éventuellement, de sa propre mutation, d’ou l’enjeu du débat autour de la post humanité. Quand on rassemble ces trois grands risques, le fait que depuis Hiroshima l’humanité s’est constituée comme sujet négatif de sa propre histoire et qu’elle ne se réussit pas à se re-construire en sujet positif de sa propre histoire, le fait que si l’humanité détruit les conditions de son habitat écologique et le fait qu’elle ne porte pas en elle un désir d’humanité suffisant, cette humanité là peut parfaitement voir sa propre aventure se terminer , et se terminer en tête à queue !
Çà n’est pas une question de millénaire. C’est quelque chose qui commence à se jouer, et dont une partie non négligeable va se jouer dans le siècle qui vient. Et de tous les débats fondamentaux que nous devons avoir, celui concernant la capacité à construire l’humanité en sujet positif de sa propre histoire est probablement le plus essentiel. Ce débat correspond par excellence à l’ambition la plus radicale et en particulier dans sa vocation internationaliste. Pour éviter la sortie de route pour l’humanité , il est très important d’avoir un imaginaire positif. Autant, comme le disait Hans Jonas dans « Le principe responsabilité », il existe une heuristique de la peur, autant une lucidité sur la gravité des risques est évidemment nécessaire. Sinon nous sommes dans la politique de l’autruche.
Fournir un imaginaire positif
Il est insuffisant d’intervenir simplement sur les peurs, parce que, inévitablement, la peur finit par générer de l’impuissance et de l’angoisse. Nous avons l’obligation de fournir de l’imaginaire positif, et l’imaginaire positif c’est précisément du désir d’humanité. C’est le fait de dire, certes l’humanité est au 21éme siècle confrontée à des rendez vous cruciaux sur lesquels elle joue sa propre existence ; mais de la même façon que le rameau hominien a failli disparaître à plusieurs reprises : parce que c’était l’espèce la plus vulnérable, il a été capable de se maintenir et de progresser, parce qu’il y a eut des sauts qualitatifs dans l’ordre de la conscience. A l’intérieur de l’évolution biologique nous sommes confrontés à un problème de même nature qui n’est pas dans l’ordre de l’évolution biologique, qui n’est pas dans l’ordre de l’hominisation mais qui est dans l’ordre de l’humanisation : « comment grandissons nous en humanité ? ». Comment saisissons nous l’occasion de ces défis ? Que soit le défi écologique, que soit le défi du passage des guerres de civilisations à des dialogues de civilisations, que ce soit les défis de la construction d’une citoyenneté et d’une démocratie mondiale. Comment les saisissons nous, de telle façon que l’humanité puisse à travers ces rendez vous critiques franchir un saut qualificatif de sa propre histoire ?
Les enjeux passionnels et émotionnels sont déterminants
Alors, là, nous tombons sur une question qui est rarement évoquée, en particulier sur le plan politique : les enjeux passionnels et émotionnels sont déterminants. La définition la plus classique du développement durable, c’est à dire la capacité à satisfaire les besoins de la génération présente, sans hypothéquer ceux de la génération future ». Une définition qui, certes, représente une avancée considérable mais qui reste sur le plan anthropologique une définition faible et réductrice, précisément parce qu’elle raisonne en terme de besoin. Au sens strict, le besoin est ce qui permet à une espèce ou à un individu de se maintenir en vie, et de progresser dans sa propre reproduction et conservation. Or les problèmes de besoin sont des problèmes simples à résoudre.
Ce qui est compliqué, pour l’humanité ce n’est pas du coté du besoin, c’est du coté du désir et de l’angoisse. Prenez les chiffres officiels du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) : avec 50 milliards de dollars supplémentaires par an, on pourrait éradiquer la faim dans le monde, permettre l’accès à l’eau potable pour les 6 milliards d’êtres humains, assurer les soins de base. Ce n’est pas un problème de rareté, ni physique, ni technologique, ni monétaire, qui crée les condition du mal-fonctionnement mondial. Alors qu’on n’arrive pas à trouver ces 50 milliards de dollars supplémentaires, on en trouve 10 fois plus (500 milliards de dollars annuels) rien que pour les dépenses de publicité, sans parler des dépenses d’armement (900 milliards de dollars par an) ou celles consacrées aux stupéfiants (400 milliards de dollars par an).
Cà veut dire quoi ? Cela veut dire que le problème majeur du mal-développement mondial n’est pas un problème de rareté et d’une logique linéaire du développement, où il y aurait d’un coté des développés et de l’autre des « en voie de développement » et dans notre grande compassion on serait prêts à faire des transferts de richesse pour accélérer ce développement. Le problème principal, ce qui est au cœur des 900 milliards de l’armement c’est la gestion de la peur et de la domination : c’est typiquement un enjeu passionnel. Ce qui est au cœur des 500 milliards de dollars sur la publicité, est au cœur du problème de la gestion du désir dans nos sociétés. Ce qui est au cœur des 400 milliards autour des stupéfiants c’est que nous sommes dans des sociétés toxico-maniaques.
La cupidité et le désir de possession au cœur du mal développement mondial
Fondamentalement, quand le seul projet de vie qui est proposé, dans une société de marché, est de devenir un producteur compétitif cela veut dire que, comme le dit aussi bien le discours économique que médical dominant, dans cette perspective la vie est un combat qui de toute façon se termine mal. La mort est un échec, la vie est un combat. C’est une vision totalement désespérante. Sur les deux questions fondamentales de l’être humain qui sont la question de l’amour et la question du sens, qui sont les deux ressources passionnelles majeures de tout être humain, la réponse est qu’il n’y a pas de sens et autrui est une menace. Nécessairement sur le plan émotionnel, cette réponse est une source de désespoir et ce désespoir comment est-il compensé ? Il est compensé par un processus d’oubli, d’excitation et de divertissement au sens pascalien du terme et nos sociétés sont des sociétés maniaco-dépressives. Elles compensent en permanence leur vide de projet, leur angoisse dans leur rapport à autrui et dans le rapport à l’avenir par de l’excitation et dans les modalités de l’excitation vous n’avez pas simplement les drogues sous les différentes formes, les drogues classiques plus de l’alcool, du tabac, vous avez de la drogue sous la forme de la richesse monétaire, la drogue du pouvoir, celle de la gloire, etc.… C’est-à-dire que l’on a fondamentalement un mécanisme comparable au mécanisme toxicomaniaque où la situation profonde de mal être que génère cette source de désespérance est compensée par de la dose qui au fur et à mesure qu’elle est prise fait la preuve de sa vacuité et donc il y a un « toujours plus ».
C’est ce que Gandhi avait appelé « la cupidité et le désir de possession » : quand je prends mes chiffres des Nations Unies, mes 50 milliards d’un côté qu’on n’arrive pas à trouver et puis de l’autre mes 900 milliards plus mes 500 milliards plus mes 400 milliards de dollars qu’on trouve par ailleurs. Gandhi avait dit : « il y a suffisamment de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais il n’y en a pas assez s’il s’agit de satisfaire la cupidité de chacun » ... Et singulièrement la cupidité des acteurs qui sont les grands malades, les plus avancés dans la toxicomanie de la passion de pouvoir ou de la passion de richesse.
A côté des enjeux des éco-systèmes, des enjeux des socio systèmes qui sont bien évidemment des enjeux structurants, il faut traiter aussi les enjeux passionnels, les enjeux émotionnels. Je propose de les appeler enjeux des « écosystèmes émotionnels » ou des émo-systèmes. Il s’agit des conditions dans lesquelles des êtres humains peuvent aller dans une évolution extraordinairement plus large que beaucoup d’autres espèces, vers des situations qui tendent vers le meilleur de l’humanité mais qui peuvent aller également vers le pire de l’inhumanité. Vous ne trouvez dans aucune autre espèce l’équivalent des conditions de carnage qui, de la Saint-Barthélemy au Rwanda en passant par Auschwitz, montrent le degré de maltraitance dont l’espèce humaine est capable aussi bien à l’égard des autres espèces qu’à son propre égard. Cette question de la production du désir d’humanité et de la façon dont on travaille sur les environnements écologiques, sociologiques et émotionnels, sur des espaces qui font que ce soit le meilleur de l’humanité plutôt que le pire de l’humanité qui l’emporte c’est typiquement une question qui est à la convergence du meilleur de la tradition socialiste et du meilleur de la tradition écologiste.
Revisiter la question de la richesse
Alors pour faire ça il faut aussi aller s’attaquer à deux points durs sur lesquels la tradition socialiste a, à mon avis, laissé en grande partie le chantier en friche. C’est précisément la question qui a été amené à travailler ces dernières années avec le « rapport à la richesse » de Patrick Viveret : il s’agit de revisiter profondément la question de la nature même, de la définition, de la production et de la richesse. Une convention historique s’est élaborée, une sorte de compromis historique, culturel, entre la tradition marxiste, la tradition libérale et la tradition keynésienne qui s’est construite dans l’entre-deux-guerres, et qui s’est formalisée dans l’après-guerre avec les systèmes de comptabilité nationale, avec la représentation de la richesse avec l’agrégat le plus connu qui est bien évidemment le PIB et qui ont comme caractéristique d’avoir une vision totalement étriquée de la richesse et en grande partie contre-productive sur les deux questions fondamentales sur lesquelles en définitive l’humanité joue justement son avenir. Ces deux questions sont d’un côté la question écologique et de l’autre la question humaine dans toute son épaisseur, la question sociale étant évidemment l’un des enjeux majeurs de la question humaine mais la question humaine ne se réduit ni à la question écologique ni à la question sociale.
Sur le plan écologique, notre vision de la richesse est quasiment inversée. À partir du moment où on définit la richesse comme ce qui est rare est cher, tout bien qui a la malencontreuse idée d’être abondant et gratuit est du même coup considéré comme non richesse et à ce moment-là des biens écologiques fondamentaux ne prennent de la valeur au sens économique du terme qu’à partir du moment où ils sont en voie de destruction ou de pollution. L’eau, l’air, etc. n’ont pas de valeur mais à partir du moment où il va falloir construire une industrie de l’assainissement, de la dépollution, etc. ils vont prendre de la valeur. Il en est de même d’ailleurs dans le rapport de l’eau et de l’amour. Dans nos systèmes de comptabilité nationale, les rapports amoureux n’existent que pour autant qu’ils sont tarifés. Ils n’ont aucune valeur s’ils sont gratuits. Donc vous avez un changement radical sur la perception de la richesse. C’est l’un des programmes majeurs d’un socialisme écologique, j’appelle cela programme amour / eau fraîche, qui contrairement à ce que l’on pourrait penser, est un des éléments fondamentaux de la construction du désir d’humanité.
Il s’agit donc de remettre en question des modes de représentation, et évidemment de calcul de la richesse parce que derrière les comptes, vous avez des contes, je veux dire que derrière des comptes, vous avez des choix de société, vous avez des récits. L’identité narrative dont parle Paul Ricœur, ce sont les contes. Vous avez un récit narratif qui s’est construit autour du couple de la guerre et l’industrie dans l’entre-deux-guerres et qui s’est formalisé dans l’après seconde guerre mondiale. Ce récit narratif est totalement inadapté aux questions politiques, économiques, sociales et écologiques qui sont devant nous.
Et s’attaquer à ces questions apparemment techniques qui sont celles de la représentation, du calcul de la richesse est tout à fait décisif.
Il existe une convention totalement inacceptable qui fait que d’un côté il y a des acteurs qui sont censés être des producteurs de richesse, sous-entendu les entreprises et d’autre part des catégories qui sont censées être des ponctionneurs ou des préleveurs de richesse. Quand la société accepte cette convention elle est déjà en posture défensive. Or cette convention doit être remise en cause. Une fois que vous avez accepté de dire que la totalité du travail domestique, qui représente en temps humain un temps très nettement supérieur à ce que représente le travail au sens statistique du terme, n’a pas de valeur. Quand vous avez accepté de considérer que le bénévolat en termes économiques n’a pas de valeur, vous êtes déjà dans la posture défensive puisque vous êtes condamnés dans cette logique là où d’un côté il y a des producteurs et de l’autre des préleveurs et des ponctionneurs à faire que les objectifs de justice sociale inévitablement vont être perçus dans le débat démocratique comme un prélèvement supplémentaire sur la richesse. Il va falloir plus d’impôt, plus de cotisations sociales, etc. Si on veut mettre en cause complètement en question ceci, il faut attaquer et renouveler très profondément la façon dont on nomme, dont on représente et dont on compte la richesse.
Revoir le rapport à la monnaie
Il faudra faire la même opération sur quelque chose qui est encore plus tabou et plus insensé qui est le rapport à la monnaie. Les conditions dans lesquelles on produit, on émet, on fait circuler les monnaies, correspondent à une situation de captation qui est totalement gravissime sur le plan démocratique. La construction d’un autre rapport à la monnaie est essentielle, de façon à ce que la monnaie joue son rôle majeur qui est un rôle de facilitation d’échange et d’activité. Alors qu’aujourd’hui, par rapport à cette fonction centrale, nous avons des monnaies qui sont en situation de contre productivité. Pour reprendre l’analyse fameuse d’Ivan Illich : pour 3 milliards d’êtres humains la monnaie ne joue pas son rôle de facilitateur de l’échange et de l’activité puisqu’il n’y a pas, ou pas assez de monnaie. Quand vous avez 3 milliards d’êtres humains qui n’ont pas accès aux crédits bancaires , ou qui vivent avec moins de 1 ou 2 dollars par jour, et bien cela veut dire que la monnaie ne remplit pas son rôle. Donc il y a une sous monétarisation à un pole et sur monétarisation à un autre pole : aujourd’hui dans le monde, 225 personnes disposent d’une fortune totale qui est égale aux revenus cumulés de 3 milliards et demi d’êtres humains ! C’est tout simplement de l’hyperinflation dans l’économie spéculative. Vous remarquerez d’ailleurs que le phénomène de toxicomanie maniaco-dépressive que j’évoquais tout à l’heure, atteint précisément dans l’économie spéculative sa forme la plus radicale . Rappelez vous ce disait le « Wall Street Journal » au moment du krach de 1987 : « Wall Street ne connaît que deux sentiments : l’euphorie ou la panique ». L’économie spéculative est une économie de la drogue au sens propre comme au sens figuré. Arrêtons de faire cadeau des libertés au capitalisme
Pour faire converger le meilleur de la tradition écologique et le meilleur de la tradition socialiste, faire converger, dans une perspective planétaire, la construction européenne et la construction de l’identité française par rapport à ce double enjeu écologique, et ce double enjeu de la question humaine et de la question sociale ; alors, le cœur de ce projet c’est effectivement de penser une alternative aux logiques de guerre ... et aux logiques de guerre dans le rapport à la nature. Souvenons-nous de l’une des phrases les plus significatives de la modernité prononcée par le philosophe Francis Bacon, qui fait apparaître notre Descartes extraordinairement timide. Bacon a osé dire ceci : « la nature est une femme publique, il nous faut la mater, en pénétrer les secrets et la plier à nos désirs ». Il y a un lien profond entre la posture machiste et la posture anti écologique. L’enjeu est bien de sortir du rapport guerrier à la nature, du rapport guerrier à autrui, du cœur même de la logique de ce qu’il faut bien appeler, non pas du libéralisme, mais du capitalisme autoritaire. Arrêtons de faire des cadeaux au capitalisme ! On lui avait fait cadeau de la mondialité, heureusement maintenant avec cet autre imaginaire, qui est « qu’un autre monde est possible », il y a une réappropriation démocratique positive de la mondialité. On sait bien aujourd’hui que le temple de l’anti-mondialisation est à Washington. C’est là que partout où il y a du projet de régulation mondiale nous avons, arc-boutée, l’administration américaine contre tout projet de régulation écologique, contre toute régulation judiciaire : la Cour Pénale Internationale, contre toutes réformes des Nations Unies qui iraient dans le sens d’une régulation mondiale. Donc de la même façon que nous avons commencé à réincorporer l’imaginaire positif de la mondialité en le remettant dans la trajectoire historique de l’internationalisme, il nous faut faire la même chose sur la question des libertés et arrêter de faire cadeau au capitalisme des libertés et du libéralisme ! Rappelons nous la distinction majeure de Fernand Braudel entre marché et capitalisme, ou la distinction de Polanyi entre économie de marché et société de marché. Le capitalisme est une logique de puissance qui détruit tous les échanges, y compris les échanges économiques marchands. Il faut de la régulation pour maintenir l’échange y compris des marchés c’est en ce sens que les marchés et les économies sociales des marchés des Etats providences sont en grande partie une conquête des mouvements ouvriers, parce que le cadre juridique, politique qui permet la régulation est le cadre même qui permet d’éviter la destruction par le capitalisme des logiques d’échanges, y compris des logiques d’échange marchands.
Grandir en humanité
Sortir de la logique de guerre dans les rapports à autrui c’est arrêter de considérer que la vie est un combat perpétuel contre autrui, que cet autrui soit l’autre personne, ou l’autre peuple ou n’importe quelle catégorie d’acteurs. L’aventure humaine doit être vécue comme une aventure mystérieuse, dans laquelle les autres sont des compagnons de voyage dans cette aventure, et du même coup sortir, aussi, de la logique de guerre dans le rapport à soi -même. De la même façon que vous avez une tension dynamique entre le local et le global, il nous faut penser l’autre tension dynamique qui est entre le personnel et le mondial. L’enjeu de l’aventure humaine se joue simultanément pour la collectivité humaine dans son ensemble et dans chacune de nos propres vies. Comment pouvons nous échapper aux logiques de peur ? Et de désespérance ?
Comment pouvons nous échapper dans nos propres vies aux logiques de guerre ? Qu’est ce que la guerre intérieure contre soi ? Et bien, c’est cette situation permanente de la tension (en 2 mots ) alors que l’alternative positive : ce que disent, par exemple, des sagesses ou des traditions, c’est l’attention (en un seul mot), c’est l’art de vivre « à la bonne heure », l’art d’être intensément présent à l’aventure de vie, et de vivre le présent comme un cadeau. La captation du temps, soit par la passion de richesse monétaire dans le capitalisme soit par la passion de puissance telle que le collectivisme d’état nous l’a dévoilée, est en permanence un système de dépossession du temps présent au nom d’un avenir futur. Le temps ne devient de l’argent que parce que c’est un temps mort, qui devient de l’argent ou qui devient du pouvoir en terme du passion de puissance ; donc, l’art de bien-vivre devient ou redevient une question politique centrale. Le mal développement mondial, qu’on retrouve dans les 900 milliards de dollars de la peur et de la domination de l’armement, dans les 500 milliards de dollars de la publicité, dans les 400 milliards de dollars des stupéfiants, vient d’un dérèglement majeur du désir en désir de possession. La façon dont nous changeons la nature de nos désirs, pour que la nature du désir soit un désir dans l’ordre du développement de l’être et pas simplement de l’avoir est une question qui avait déjà été posée en son temps par Marx avec celle du passage du règne de la nécessité au règne de la liberté : la liberté n’est un cadeau pour l’humanité, individuellement ou collectivement que, pour autant que nous sommes capables de « grandir en humanité ».
Produire de la haute qualité démocratique
Et cette question là est éminemment une question politique, ce n’est pas simplement une question privée ou une question personnelle, il faut construire la question humaine comme question politique et du même coup, et c’est mon dernier point, l’enjeu démocratique et l’enjeu d’une mutation de la qualité démocratique devient déterminant. Tant que la démocratie reste une forme historique de démilitarisation de la lutte pour le pouvoir, c’est évidemment un progrès formidable dans l’histoire humaine, il suffit de voir ce qui se passe à chaque fois que la lutte pour le pouvoir devient ou redevient violente. Mais si elle reste la lutte pour le pouvoir, en tant droit à dominer autrui, cette forme démocratique là n’est pas en état de traiter la plupart des questions qui sont devant nous, du niveau le plus global au niveau le plus local. Face à des questions ou le degré de complexité est important, où on ne peut pas dire que les choix se présentent d’une façon binaire ; une démocratie qui se définit simplement par une origine quantitative du droit à dominer autrui, ne peut pas traiter ces questions là. Donc nous avons besoin de produire de la haute qualité démocratique, c’est à dire une démocratie qui change la nature du rapport au pouvoir. C’est ce qui était d’ailleurs le cœur du programme auto-gestionnaire. Il y a une formidable actualité de la question auto-gestionnaire ; parce que la question humaine c’est la question de l’auto-gouvernance de l’humanité par elle même ... ce qui est la question auto-gestionnaire par excellence ! Eh bien ; on ne peut construire de la qualité d’ auto-gouvernance de collectivités humaines que pour autant que la démocratie se définit par la qualité de formation du jugement civique, c’est la qualité de citoyenneté, beaucoup plus que la quantité originaire du nombre de gens qui définit une ligne qui devient à ce moment là le critère des civismes.
Mieux vivre ensemble… Osons la fraternité !
Et là nous avons des questions qui sont très concrètes. Ca me passionne tout à fait. C’est pour ça que j’ai accepté de revenir dans des lieux, parce je pense aujourd’hui, qu’entre les acteurs de cette société non seulement civile mais civique internationale et des acteurs membres des partis, il y a un enjeu absolument considérable à construire un processus de qualité démocratique large, tel que ce soit des millions de personnes et non pas des milliers de personnes, qui construisent le processus qui donnera une réponse de qualité démocratique à des enjeux tels que 2020 pour la France ou aux enjeux de même nature qui sont devant nous sur le plan européen ou sur le plan mondial. Et donc si on lie ces questions là, il y a bien une tension dynamique entre des enjeux de transformation collective sur le plan écologique et social, mais aussi des enjeux de transformation personnelle qui doivent être pensés, non pas contradictoirement, mais de façon complémentaire et dynamique.
Ecologie au Quotidien Rhône-Alpes
Texte de Patrick Viveret aux Rencontres de Die, (réactualisé)
Le Chastel 26150 DIE, France
Tel : 04 75 21 00 56       
Vidéos des Rencontres de l'Ecologie
Film de 1,56mn : http://www.terrealter.fr/voir.php?id=4
2009 Film de 2,30mn : http://www.dailymotion.com/video/xa2yh4_ecologie-au-quotidien_webcam?from=rss
« Réseau Diois Transition Biovallée de la Drôme »
Membre du réseau CENTRE : European Network of Bio-Districts

dimanche 28 mai 2017

Biovallée : La Transition c’est nous !



La Transition c’est nous ! 

Alors que s’achèvent les 4 jours de colloque sur la « Transition »en Biovallée  organisés par « le Laboratoire de la Transition » revenons sur ce concept qui permet de mobiliser toutes et tous les habitantEs d’un territoire, sans  a priori et sans exclusion. (Photo : Ecosite de Eurre: une partie des 70 transitioneuses-eurs ).
Par transition on désigne aujourd’hui une phase très particulière de l’évolution d’une société, où celle-ci rencontre de plus en plus de difficultés, internes et/ou externes, à régénérer un système économique et social sur lequel elle se fonde et commence à se réorganiser, plus ou moins vite ou plus ou moins violemment, sur la base d’un autre système qui finalement devient à son tour la forme générale des conditions nouvelles d’existence.
Quelques idées force
1. Dans un système complexe, une transition décrit le passage d’un état de départ devenu instable à un état d’arrivée stable ou en tout cas, adapté aux nouvelles conditions du moment.
2. Notre monde, nos systèmes sociaux, démocratiques et techniques, nos organisations, ont de multiples raisons d’entrer en transition. Mais ils ne le font pas ou peu, ou trop timidement.
3. La plupart des transitions souhaitables, notamment la transition écologique, savent raconter leur but, mais échouent à définir un chemin…
4. Ces transitions sont faites pour se rencontrer. C’est l’ambition que poursuit cette édition du « Laboratoire de la Transition ».
5. Utilisez les actes qui vont suivre ces 15,16, 17 et 18 mai 2017 à Eurre et à Die sont à la fois comme une invitation à agir, et comme une boîte à outils pour le faire.
Un monde en Transition
Soit un monde, le nôtre, dont les principes organisateurs cessent peu à peu de fonctionner comme auparavant sous la pression :
- de tendances lourdes, sur lesquelles nous n’avons guère d’influence à horizon visible : le changement climatique, l’épuisement de nombreuses ressources naturelles, le vieillissement de l’Occident et d’une partie de l’Asie…
- de tensions internes que nous ne savons plus contenir : l’explosion des inégalités, l’ingouvernabilité de la finance, le poids des économies mafieuses, la recherche parfois violente de sens, de certitudes voire d’appartenance…
- d’innovations et de pratiques émergentes qui, en s’étendant et s’agrégeant, finissent par substituer leurs mécanismes nouveaux aux anciens : pour ne parler que d’eux, le numérique et ses pratiques subvertissent à la fois les règles de l’économie de marché (rendements croissants, effets de réseaux, ‘communs’…) et celles des modèles administrés (horizontalité, transparence, ouverture…).
Ce monde n’a d’autre issue que de changer.
Et alors ? Le monde a changé bien des fois dans le passé, qu’y a-t-il de neuf cette fois ? Ceci : que, confronté d’une part à sa finitude (celle des ressources et de l’écosystème) et à son unification (par les médias, les réseaux… et les défis environnementaux), il doit penser et choisir sa destination ; et se tailler un chemin dans cette direction ; en sachant bien que chaque pas, chaque choix d’orientation, modifie un peu le point d’arrivée.
Nous venons de décrire une transition, avec tous ses ingrédients : un système complexe ; un état de départ rendu instable par des changements venus de l’intérieur comme de l’extérieur ; et son passage vers un nouvel état significativement différent du précédent, en empruntant un chemin de transformation plus ou moins long, escarpé et incertain.
Nous savons nécessaire une transition ‘durable’ de notre modèle de développement.
Nous le savons même depuis longtemps : pour certains depuis le rapport du Club de Rome sur les ‘limites de la croissance’ en 1972 ; ou le rapport Brundtland (1987) qui installe l’expression ‘développement durable’ et conduit à la création du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC, 1988) ; ou le premier « Sommet de la Terre » à Rio en 1992, d’où est issu l’Agenda 21 ; en tout cas depuis son successeur à Kyoto (1997), où fut signé le Protocole du même nom.
Pourtant la transition écologique n’a pas eu lieu.
Elle est à peine engagée. Nos manières de vivre, de produire, de consommer, de nous déplacer, de gérer nos communs n’ont guère changé. Si le ‘bilan carbone’ de l’Europe semble s’être amélioré depuis que les engagements de Kyoto ont été pris, elle le doit dans une large mesure à la délocalisation de son industrie. De rapport en rapport, le GIEC alerte :
« Malgré la mise en place de plus en plus fréquente de politiques visant à les réduire, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,2 % par an entre 2000 et 2010 ; c’est plus que sur la période 1970-2000, au cours de laquelle ces émissions ont augmenté en moyenne de 1,3 % par an 1. »
Que faire ?
- On tente de faire mieux à la prochaine conférence internationale, par exemple la COP21 à Paris fin 2015. Les résultats des 20 précédentes éditions n’invitent pas à l’optimisme…
- On anticipe le pic pétrolier et le changement climatique en se repliant sur la recherche pragmatique d’une ‘résilience’ locale : c’est l’approche des ‘villes en transition’…
- On réduit la taille du problème pour passer de l’échelle de la Planète à celle d’une ville, d’un territoire, d’un réseau, d’un marché, d’une entreprise… les ‘agendas 21’ adoptés par des villes et des entreprises, les travaux du Knowledge Network for System Innovations and Transitions (KSI) néerlandais se situent à cette échelle…
- Ou encore, on regarde autour de nous, à la recherche de forces suffisamment puissantes pour produire des changements majeurs dans les systèmes apparemment les plus figés.
Quelles forces de changement ?
Pas celui qui fournirait magiquement les solutions à nos maux économiques, sociaux, politiques et environnementaux : les innovations sont aussi l’un des produits, l’une des manifestations de notre modèle de développement non soutenable. La recherche de réponses purement techniques au vieillissement de la population, à la surconsommation de ressources ou au changement climatique est en fait timorée et conservatrice : elle n’est pas et ne sera jamais à la hauteur de l’enjeu (aucune technique ne peut permettre à elle seule d’atteindre le ‘facteur 4’, la division par 4 de nos émissions d’ici 2050 à laquelle la France et l’Europe se sont engagées) ; et elle produit généralement toutes sortes d’effets secondaires (les téléservices engendrent de nouveaux déplacements, le recours excessif aux automates pour soigner les personnes âgées crée de la solitude et aggrave leur état…).
Les habitantEs  principale énergie renouvelable
- Mais plutôt cette force vitale qui en fait aujourd’hui le pôle d’attraction de millions d’innovateurs, expérimentateurs et d’entrepreneurs et la source de la transformation d’à peu près tous les secteurs, tous les domaines d’activité humaine, toutes les organisations, tous les territoires,…
- celle qui a transformé pour toujours le paysage des réseaux, des médias et de la culture, avec l’internet, le web, la ‘convergence’ via la dématérialisation, le ‘pair à pair’,
- celle qui a donné naissance aux réseaux sociaux, au mobile, au GPS, qui ont si profondément transformé notre quotidien,
- celle sur laquelle s’appuient Wikipédia comme BlaBlaCar, Uber comme le logiciel libre, pour transformer tout un marché à leur bénéfice ou même en créer un tout neuf,
- celle de la fulgurante propagation de #jesuischarlie, des lanceurs d’alerte, des printemps arabes… et des vidéos de Daech adressées aux jeunesses perdues du monde ? Oui, c’est bien la même force.
Métamorphoses
Ces transitions, qui englobent mais dépassent l’informatique, ont une affinité naturelle, presque physique, avec le changement. En transformant (presque) tout objet en octets et toute action en programme, il rend les uns et les autres à la fois plus plastiques et plus homogènes, donc plus aisés à recombiner. En interconnectant personnes, octets et programmes, il étend à l’infini la diversité des acteurs comme le nombre de leurs combinaisons possibles – et par conséquent l’incertitude, jusqu’à une forme d’incertitude radicale qui devient notre état normal.
Cette force a une sorte de direction : les transformations possèdent plusieurs caractéristiques communes. Mais elle n’a pas vraiment de but : qui saurait dire à quoi ressemble le monde d’après la/les transition(s)?
Une transition associe un chemin à un but. Les autres transitions aujourd’hui considérées comme souhaitables, à commencer par les transitions écologique et démocratique, ont en quelque sorte le problème inverse : elles savent assez bien dire où elles nous emmènent, et assez mal dire comment.
Ces récits de transition sont faits pour se rencontrer. Ils ne le font pas assez. Nous avons l’ambition de changer ça. (Photo2 : une partie des 80 transitioneurs-euses réuniEs à Die ).
Contre le fatalisme … poser des outils pour penser et engager les changements.
Parce que c’est maintenant et pas dans 10 ans…
- que l’action publique doit se coproduire avec les citoyens,
- que l’École doit se reconnecter à la pulsation du monde,
- que la santé doit devenir sociale, préventive et holistique,
- que les territoires doivent réécrire un récit collectif à la fois frugal, inclusif et désirable,
- que les entreprises doivent redevenir un lieu d’épanouissement pour les gens,
- que la recherche…, que les médias…, que la démocratie…, que la ‘culture’…, que les mobilités…, que l’Europe…, que…
 
Cette édition de « laboratoire de la Transition » peut d’abord se lire comme une invitation à sortir du fatalisme (« ça fait 30 ans qu’on en parle ! », « à mon échelle je ne peux pas faire grand-chose ») ou du déterminisme (« l’avenir – radieux ou sombre – est écrit »).
- Un, nous pouvons tous penser des transformations à l’échelle des systèmes dont nous sommes des agents.
- Deux, ce faisant nous réalisons qu’il existe plusieurs histoires de transition, avec plusieurs fins, qui dépendent de nous.
Trois, en racontant ces histoires, nous nous y projetons et nos actes influencent l’avenir commun comme le nôtre propre.
L’avenir est à écrire
L’avenir est à écrire comme le récit d’une transition. Nous l’avons fait cette année à propos de quatre domaines : la démocratie, le Travail et l’entreprise, l’école, la post-croissance.
À votre tour, vous pouvez le faire là où vous êtes. Cette 1ère édition du « Laboratoire de la Transition »  peut s’utiliser comme une boîte à outils pour écrire le récit d’autres transitions : celles qui vous concernent.
M.C.D.

Et le politique ?
La rigidité et la verticalité des organisations publiques ne leur permettent pas de s’adap­ter rapidement aux transforma­tions de la société.
Mondialisation, décentra­lisation, économie numérique... contribuent à la porosité des frontières, réduisent la portée des politiques natio­nales, questionnent la souverai­neté et imposent de reconstruire la maîtrise publique.
L’écart se creuse entre les attentes des individus et les modes d’action publique classiques, qu’il est important d’ouvrir.
Le jeu d’acteurs évolue dans tous les champs de l’action publique, incitant à fédérer les dynamiques.
Le numérique peut favoriser le décloisonnement de l’action publique.
L’action publique est à la fois plus attendue que jamais, et plus incertaine que jamais quant à ses missions, ses métiers, ses manières d’agir.
Elle est constamment critiquée pour sa difficulté à produire de la sécurité, des services essentiels qui marchent, mais aussi du sens, des valeurs, du lien, des rites, des formes efficaces de délibération ou d’arbitrage : ce qui dessine, en creux, une forte demande.
Elle apparaît aussi constamment décalée face à la complexification du réel et celle des sujets, à l’imbrication des temps et des échelles, à l’accélération des cycles : le défi est immense.
Ce défi est d’autant plus difficile à relever que des vagues successives de nouveaux acteurs, appuyés sur de nouveaux outils et de nouvelles manières d’agir, se proposent de prendre en charge certaines de ses missions, des pans de l’intérêt général, les nouveaux services qui remplaceront les anciens...
Les transitions est souvent le levier dont se servent ces nouveaux acteurs. Des acteurs publics s’en sont eux-mêmes emparés depuis longtemps. Mais, tandis que leurs nouveaux concurrents en faisaient un outil de transformation continue, protéiforme, imprévisible, ils s’en sont servis pour optimiser l’existant au prix, souvent, d’une rigidification à contre-courant.
Ces tensions produisent un affaiblissement profond de la ‘puissance publique’, auquel s’ajoute une incertitude presque existentielle. Or notre monde a besoin de ce qu’elle peut apporter : du long terme pour appuyer la réactivité, de la continuité entre échelles, de l’inclusion, des ‘communs’ pour que la concurrence ne débouche pas toujours sur des monopoles... et parfois, de la force pour faire face aux menaces.
La transition qui attend l’action publique et ceux qui la conduisent peut leur redonner sens et vie, au prix de transformations profondes. Mais le monde n’attend pas : elle doit s’engager vite, ou bien il pourrait être trop tard.

Ils ont écrit :

« Les nouveaux mouvements sont enracinés dans l’expression personnelle des indivi­dus, mais ils ne sont en rien individualistes dans le sens néolibéral du terme. Ils visent à développer des communautés d’amitiés, d’intérêts partagés, de pratiques communes ou de voisinage dont les produits sont placés sous des statuts de communs librement utilisables ou partagés (selon leur nature). Ces communautés peuvent développer des activités commerciales ou de mutuali­sation monétaire, mais comme un moyen parmi d’autres d’assurer leur soutenabilité. Les individus participent fréquemment à plusieurs communautés et leur implication prend la forme d’une participation aux activi­tés plutôt que d’une appartenance ou d’une affiliation. »
Philippe Aigrain, « Les actions décentralisées des citoyens peuvent-­elles régénérer la démocratie ? » Internet Actu, 2014

« La stratégie de domination du capital consiste à empêcher la naissance d’autres activités et à conduire les gens à considérer que le travail rémunéré, le travail­ marchan­dise, le travail­emploi est indispensable à leur activité et à leur épanouissement personnel. En réalité maintenir les gens dans la pers­pective du travail ­emploi alors qu’il y en a de moins en moins, de plus en plus fractionné, de plus en plus précaire, de plus en plus surexploité et de moins en moins assuré, c’est une stratégie de domination. »
André Gorz, entretien sur France Culture, 2005 

« Puisque nous avons le savoir et les technologies devant nous, nous sommes condamnés à devenir inventifs, intelligents, transparents. L’inventivité est tout ce qu’il nous reste. »
Michel Serres, Les nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive, Conférence pour les 40 ans d'Inria, in interstices.info, 2007

mardi 2 mai 2017

Diois Transition relancé après 6 ans ...



« Diois Transition »
- Relance des groupes « Transition du Diois »
- Depuis 6 ans,  après « les Rencontres de l’ Ecologie de 2012 », divers groupes se sont emparés du concept de Transition sur différents thèmes : une monnaie locale complémentaire (SOL de la CCVD puis Ecologie au Quotidien puis Ecole de la Nature et des Savoir, puis Ben et Linette), des Incroyables Comestibles ( présentés à la fête des jardins 2014),  compostage ( avec les Amis de Circée et Olivier Canivet),  banque de semences  ( réseau Herbes Fines et Jérôme Mougnoz),  les  sentiers dans la ville ( Céline et Claude),  formation générale à la Transition ( Claude Veyret et Olivier Robin). A ce moment là ont été créés une adresse mail reseaudioistransition@gmail.com, un blog http://dioistransition.blogspot.fr/  et un logo. Denis pense « qu’il est important de se réapproprier le passé de Die et ce qui a déjà été construit. Cela peu éviter de faire des bêtises ». Claude s’est engagé à donner les codes d’accès à Vivien et Elisa. Idem pour les Incroyables Comestibles
Diois :http://incroyablescomestiblesdiois.blogspot.fr/ et incroyablescomestiblesdiois@gmail.com.


- Sur Crest les « Groupes Transition transition valdedrome@gmail.com
(Alimentation, Energie, mobilité, compostage, démocratie) » initié par « écologie au Quotidien » et « Trièves-Transition » se sont transformés en associations : Topine-en-bourg, Vélo-cargo, Nuit Debout, Energie partagée, l’Usine Vivante, Archijeux, Dryade (Amap bois de chauffage), etc… On peut parler de réussite.



- Sur Die, les personnes sont parties du Diois et le petit groupe final a chicané des réunions entières, presque un an,  sur le pouvoir, l’horizontalité, la défiance par rapport aux autres associations qui oeuvrent sur le territoire…
- Cette année 2017 avec la Venue de Rob Hopkins à Die aux Rencontres de Die, le projet s’affermit avec Nicolas,  Axelle Lesage  et Vivien Autissier, mais aussi  des « Groupes Diois Transition », sur les thème précis : Permaculture ( Nicolas Lesage et Vivien Autissier) , tri des déchets et materiauxthèque ( Denis Aumjaud et Alexandre Ponnet),  monnaie complémentaire locale, Incroyables Comestibles ( Fanny, Valérie et Elisa) , les vergers conservatoires, banque de semences, le compost de centre ville (Léa Alman et Denis Aumjaud ), etc…sont rêvés ou imaginés.
- Ce 11 avril à 18 heures, salle Beauvoisin, Rue Fond Giraude (sous la salle Polyvalente Municipale,  nous nous retrouvions 18 pour partager et imaginer « Demain » !
- Convergence d’associations
- Vivien et Nicolas,  « Ré-enchanteurs de la Terre », ont organisé le vendredi 31 mars à 19 heures film « in transition 2.0 » et dialogues sur la « Transition » à la Salle Communautaire  du Palais Social.  Denis Aumjaud et Alexandre Ponnet travaillent avec « Bis Usus »  sur une recyclerie et matériau-thèque. Claude, Anne, et Jean Louis travaillent sur le « Laboratoire de la transition » depuis 9 mois, un réservoir à idées qui propose une rencontre européenne  au mois de mai 2017 à l’Ecosite de Eurre et au Martouret. Thibault  est sur les « jardins partagés, les potagers rares de l’Aube ». Cécile et Jacques  sont aux « Rencontres de l’écologie de Die ».
Linette a travaillé avec Ben sur une monnaie locale complémentaire : « La Dioises ». Béatrice et Jean Luc sont dans l’enseignement particulièrement une dynamique « Aschoka éducation ». Axelle, dans l’animation expérimente des « outils de gestion des groupes et d’intelligence collective »… Denis est aussi très engagé dans le « Collectif Vélo » qui œuvre sur les mobilités douces « Chaussidoux ».
- Sens et valeurs
- La transition citoyenne c'est ...
- Moi citoyen ce que je fais pour que ça change sans attendre des solutions d'en haut… ( mais en coopération avec les élus locaux)
- Lien entre thématiques écologie, social ...
- Créer des synergies sur tout ce qu'on a porté
- prise de conscience des problèmes
- partager des expériences
- Des actions individuelles -> un impact sur le collectif
- ouverture pour éviter qu'on nous impose le changement
- Un laboratoire de prise de conscience. La transition s’expérimente dans le groupe aussi.
- Apolitisme (dans le sens politique politicienne)
- Rencontre d'alternatives existantes et qui fonctionnent
- Partage enthousiasmant
- Cheminement plus que but
- Réseau qui se construit avec toutes et tous
- Interpellation des élus, des collectivités… (Pas dans l’opposition frontale comme à Crest)
- Un travail collectif et respectueux de toutes et tous
- Développer le faire ensemble - pour tous les publics - l'écologie pour tous (éviter les mots compliqués qui éloignent les gens…)
- Comment maintenant changer de mode de vie et effet de masse
- Montrer à tout le monde le changement et en parler à tous
- Bienveillance
 - Convergence d’envies
- Expérimenté depuis 17 ans aux Rencontres de Die, pour Nicolas, les notion de responsabilités partagées, de co-construction collective, d’intelligence collective, de non-hiérarchie et horizontalité, gestion organique, d’avenir moins vulnérable devant les crises écologiques, énergétiques et économiques, de résilience territoriale sont au cœur des démarches de transition… Jean Louis pose le problème de responsabilité, de nécessité d’énergie forte, ce qui implique que le « pilote » ou le « coordinateur » d’un groupe de travail (authentiquement démocratique dans son fonctionnement) soit « habité » par le sujet/projet.
- Les sentiers de la transition (Cécile)
Les personnes présentes ( Nancy) évaluent que les thèmes précités ont des convergences et reliances : « sentiers dans la ville et incroyables comestibles. Mobilité douce et espaces publics partagés. Connaissance des plantes et entretien populaire des friches ( Zéro Phyto depuis le 1er janvier 2017 ). Compostage et Incroyables Comestibles. Parcours de santé et marche. Journée citoyenne et  sentiers.  Réappropriation de la ville et propreté. Respiration dans la ville et lien social. Economie d’énergie et participation citoyenne. Planter des haies et ouvrir des sentiers fermés ». Nicolas évoque les richesses des lisières (en agriculture comme en sociologie). Thibault et Valérie ont déjà fait des bacs pour des « Incroyables » placés bientôt  Place Jules Plan (CCD). Anna et Jean Claude Reynard avec des amiEs ont plantés des arbres fruitiers au quartier Chanqueyras de Die (avec l’encouragement de la Mairie de Die).
- S’outiller pour être bien ensemble
- Axelle propose un outil de lien où chacun marque sur un papier son envie d’action. Puis physiquement se met en lien avec une autre ou d’autres personnes. Effectivement tous les propositions précitées sont en liens.
- Agenda
- 22 avril assemblée Générale de la Carline.
- Potagers rares : rendez vous ce 24 avril à 13h30 sur les Incroyables Comestibles au jardins partagés de l’Aube.
- Participer à l'échange sur l'organisation de la fête des jardins le Mardi 25 avril à 17h au Jardin de l'Aube.
- réunion Communication de Ecologie au Quotidien ce 28 avril chez Cécile Lacroix 145 RTE PONET LOGT 1208 3E ETAGE à 18h15, ceux qui le souhaitent peuvent rejoindre le groupe.
- 14 mai  visite de la foret de Soubreroche ( Boulc), foret en achat collectif ( 114 actionnaires pour 23 hectares)  avec lecture de paysage de Gilbert David.
- 15, 16, 17, 18 mai : Colloque du « Laboratoire de la Transition » à Eurre (Ecosite Biovallée, le Campus).
- Samedi 3 juin : fête des jardins à l’Aube .
- 9 juin assemblée Générale de l’ESCDD
- 15 juin : Conférence de Jean Jouzel. Il est un climatologue et glaciologue, ex-vice-président du GIEC, qui se voit décerner le prix Nobel de la paix. A l’écosite de Eurre organisé par Biovallée. Prévoir covoiturage à la « Vie Claire » auprès de Claude (04 75 21 00 56) .
- 7, 8, 9 Juillet « Dialogues en Humanité » à Lyon.
- Du vendredi 26 janvier au dimanche 4 février 2018 : « Rencontres de Die 2018 ».
Ce dimanche 16 avril 2017, Claude, Jean Louis, Cécile, Axelle et Denis…

- Invitation prochaine réunion
Bonjour tout le monde,
Suite à cette première réunion, j'ai une bonne dose d'enthousiasme et d'énergie positive qui s'est installée... Merci pour cette première rencontre.
Comme convenu je vous propose une séance de travail pour co-construire tous ensemble une vision de cette Transition à Die. Voici le framadate pour trouver un moment ou nous serons potentiellement le plus nombreux (le lieu sera défini en fonction du nombre d'inscrits).
Durant ce temps nous expérimenterons un outil s'appelant: Mandala Holistique. 
Description: 
Objet / Contexte : Faciliter l’expression de chacun, de valoriser différents modes d’expression, créer une vision commune établie de manière collaborative. Il permet de valider un projet collectif, de donner du recul sur des conflits existants.
Processus : Utiliser un mandala, un dessin organisé avec des motifs rayonnants autour d’un point central. En son centre, on inscrit les valeurs, l’éthique du projet, puis des cercles concentriques de principes et de mise en œuvre pratique, partagés en rayons qui thématisent les sujets spécifiques à aborder. 
Cet outil est tiré du livre de Robina Mc Curdy avec qui je me suis formée, qui a accompagné énormément de création de collectif/projet et qui a écrit " Faire ensemble", descriptif: http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=1794
En attendant nos retrouvailles, n'hésitez pas à partager vos élans, vos actions et rdv sur notre groupe, que l'on commence à faire ensemble! :D
A bientôt, Axelle

Axelle, Nicolas, Vivien, Béatrice, Jean Luc, Jean Louis, Cécile, Nico, Anne, Claude, Denis, Jacques, Nancy, Valerie, Linette, Marie Louise, Thibaud et Fanny 
« Réseau Diois Transition Biovallée de la Drôme »

vendredi 31 mars 2017

Die : Rendez vous "Transition Diois" ce 11 avril 2017 à 18heures 30 salle Beauvoisin...


Rendez vous "Transition Diois" ce 11 avril 2017 à 18heures 30 salle Beauvoisin, rue de "Fond Giraude" de Die ( sous la salle polyvalente municipale ).

Axel Lesage et Vivien Autisser.



Villes-villages-territoires, quartiers en transition

Culture de transition - agir localement


Le mouvement de Transition est né en Grande-Bretagne en septembre 2006 dans la petite ville de Totnes. L'enseignant en permaculture Rob Hopkins avait créé le modèle de Transition avec ses étudiants dans la ville de Kinsale en Irlande un an auparavant. Il y a aujourd'hui des centaines d'Initiatives de Transition dans une vingtaine de pays réunies dans le réseau de Transition (Transition Network).
La Transition en question est le passage « de la dépendance au pétrole à la résilience locale ». Les populations locales sont invitées à créer un avenir meilleur et moins vulnérable devant les crises écologiques, énergétiques et économiques qui menacent en agissant dès maintenant pour :
  -  réduire la consommation d'énergie fossile ;
  -  reconstruire une économie locale vigoureuse et soutenable et retrouver un bon degré de résilience par la relocalisation de ce qui peut l'être ;
  -  acquérir les qualifications qui deviendront nécessaires.
Chaque collectivité locale trouvera par elle-même les actions qui lui conviennent en fonction de ses ressources et de ses enjeux. Il n'y a pas de réponse toute faite. Le modèle de Transition offre un cadre de travail cohérent mais non coercitif.

La résilience: Le mot vient des sciences physiques et a été repris par de nombreuses disciplines, dont l’écologie et la psychologie. Pour le dire vite, la résilience est la capacité à supporter et à retrouver un fonctionnement normal après un choc. Appliquée aux communautés humaines, elle est la capacité à éviter les crises et, en cas de crise, à préserver ses fonctions de base et ses structures essentielles.

Transition network - Transition Training in over 20 countries worldwide.
Transition Culture Rob Hopkins's blog
http://www.transitionnetwork.org/blogs/rob-hopkins
Ecouter sur France Culture :
Transition énergétique à l'échelle locale: ville durable, écoquartier - Energies : lost in transition 4/4 Le salut par le local sur France Culture le 24 novembre 2016 dans Cultures Monde - Intervenants: Lydie Laigle : sociologue et directrice de recherche au CSTB (centre Scientifique et Technique du Bâtiment). Ses recherches portent sur les dynamiques de transition écologique portées par des citoyens le milieu associatif et celui de l’économie sociale et solidaire - Valérie Clerc : chercheuse à l’IRD (Institut de recherche pour le développement), architecte et urbaniste de formation. Elle a travaillé sur les quartiers informels « durables » en Egypte et au Proche-Orient notamment. - Alix Bolle : directrice de campagne du réseau européen « Energy Cities » - Rob Hopkins : fondateur du mouvement international des « villes en transition ».
https://www.franceculture.fr/
Société résiliente, transition écologique et cohésion sociale: études de quelques initiatives de transition en France, premiers enseignements. Commissariat au développement durable, mai 2015 - Auteurs : Lydie Laigle (Université Paris-Est, CSTB); Bertrand Depigny (CEREMA); Geneviève Besse (CGDD) - Tracer le chemin d’une transition écologique qui suscite l’adhésion collective et qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’économie et la société, telle est l’ambition de la Stratégie nationale de transition écologique adoptée en janvier 2015 pour la période 2015-2020. Le texte affirme que cohésion sociale et transition écologique vont de pair.
http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/ED124.pdf

Villes en transition - créé en 2009 par Bernard Lebleu du Québec comme point de ralliement des francophones intéressés aux Transition Towns
http://villesentransition.net/
Transition Towns (also known as Transition network or Transition Movement) is a grassroots network of communities that are working to build resilience in response to peak oil, climate destruction, and economic instability ... see all links
Villes en transition - Permaculture - Amap - Kokopelli - Slow Food - Coops - éolien citoyen
http://www.transitionfrance.fr/

Loos-en-Gohelle en transition  - proche de Lens dans le Nord de la France - Projet de développement durable à l'échelle d'une Commune au départ sinistrée - Dans ce village du Pas-de-Calais, les gueules noires tiennent leur revanche énergétique. À force de volonté politique, leur territoire est devenu un modèle de mise en œuvre du développement durable. Aux côtés - entre autres - de l’écoquartier résidentiel londonien de BedZED et de Fribourg, ville allemande pionnière en écologie urbaine depuis une vingtaine d’années, le village de Loos-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais, fait office de vitrine pour le développement durable appliqué, de laboratoire de la transition énergétique. La commune abrite le CD2E (centre de développement des éco matériaux), Lumiwatt ( plateforme recherche sur l’énergie solaire), Fondation d’Auteuil ( formation en éco construction), Team2(pôle de compétitivité sur le recyclage), recherche sur l’ACV(analyse des cycles de vie), halle des éco matériaux, cluster Ekwation, programme réhafutur réhabilitation du logement minier.
http://www.loos-en-gohelle.fr/

Quartiers en transition: Après les municipales, pourquoi l'écologie politique doit se tourner vers Murray Boochin
Quartiers en Transition s’efforce depuis quelques mois d’ouvrir des pistes de réflexion à ce sujet. L’une d’elles nous mène vers le municipalisme libertaire théorisé dans les années 60 et 70 par l’américain Murray Bookchin. Parmi les points clés de ce qui constitue aujourd’hui une branche de l’écologie, le rapport de cette dernière au jeu institutionnel est particulièrement intéressant.
Relocalisation économique et relocalisation politique
L’une des idées majeures défendues par Bookchin est la nécessité absolue d’investir le terrain local, la commune. La pertinence de cet échelon est double : d’une part, il permet de développer dans les ville et les quartiers, une économie de proximité, basée sur des coopératives municipales, des petites unités de productions, des circuits courts où l’autogestion est largement de mise … D’autre part, cette relocalisation économique se double d’une relocalisation politique, avec une gestion citoyenne directe de la commune.
Tournant le dos à une démocratie représentative à bout de souffle, ignorant -voir reniant- délibérément l’État, Bookchin propose une administration de la commune par le biais de la démocratie directe .
https://quartiersentransition.wordpress.com/

Ecoquartier Strasbourg - Ville en transition qui anticipe la rareté programmée des énergies fossiles, la ville aussi peut produire - tout proche de ses habitants - une partie de leur alimentation ! - Jardins partagés - La culture verticale - Le compostage en ville - L’élevage de poules en ville - Culture de champignons sur bûche -
http://www.ecoquartier-strasbourg.net/index.php/transition/ville-en-transition.html

Quartiers en transition - Créons 10, 100, 1 000 Alternatiba en Europe- Appel à multiplier les villages des alternatives
http://quartiersentransition.wordpress.com/
Villages en Transition
Ungersheim, village alsacien en transition
http://www.cler.org/Ungersheim-village-alsacien-en
http://www.mairie-ungersheim.fr/?page=21 
Villages d'Yvelines en transition
http://villages78entransition.fr/
The Village Collaborative was founded as an effort to promote the "transitional village"  and "affordable village" models as an economically, socially and environmentally sustainable response to this multifaceted issue.Many cities are currently grappling with a seemingly intractable dilemma: a growing homeless population coinciding with tightening budget. Sanctuary Camp, Transitional Village, and Affordable Village models - Opportunity Village follows the Transitional Village model, and includes 30 tiny houses (60 - 80 sq. ft.) for otherwise unhoused individuals and couples. The micro-housing is supported by a common kitchen, front office, gathering area, and restroom facilities. It is a self-governed community with oversight provided by a non-profit organization, Opportunity Village Euegne (OVE). The village opened in August of 2013.
http://www.thevillagecollaborative.net/

Ressources en français: Guide des Initiatives de Transition
http://www.transitionnetwork.org/resources/all?language=fr
Guide des Initiatives de Transition - Comment mettre en œuvre la Transition d’une Commune, d’un Quartier, d’une Ville, d’un Village
http://aprespetrole.p.a.f.unblog.fr/files/2009/01/guidedesinitiativesdetransition2502.pdf

Objectif-résilience - mouvement Territoires en Transition
https://groups.google.com/forum/#!forum/objectif-resilience
 
Festival des Utopies Concrètes : Cet évènement dédié aux alternatives est organisé par le Festival des Utopies Concrètes (FUC), lieu de rencontres regroupant plusieurs collectifs, associations et coopératives impliqués dans la transition et les initiatives locales.
http://festivaldesutopiesconcretes.org/

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FILMS - Vidéos
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Les transitions - Université d'été de la solidarité internationale 2014 - Comment anticiper la fin du pétrole
https://www.youtube.com/watch?v=syW-xmzKCoI

Film "In Transition 1.0" (sous titres en Français)
http://vimeo.com/16000409
Film "In Transition 2.0" (sous titres en Français)
http://vimeo.com/56154218
In Transition 2.0 est le nouveau film de Transition Network, exprimant récits inspirés des initiatives de transition à travers le monde, répondant à des temps incertains avec un optimisme engagé, de la créativité et des solutions - The film captures stories of Transition from around the world
http://www.intransitionmovie.com/fr/
In Transition 2.0 en français 1:06
http://vimeo.com/56154218

D'autres, en d'autres temps, nous l'avaient déjà dit... Changer, pour changer le Monde! Ce qui est nouveau, c'est que cela a commencé !  Sur tous les continents, une multitude d'initiatives, un bouillonnement créatif, révèlent le commencement d'un formidable bouleversement anthropologique:
Simplicité volontaire et décroissance - 1 (Volume 1: Réflexions) - 59'
https://www.youtube.com/watch?v=g0X7y6A6OCo
Simplicité volontaire et décroissance  - 2 (Volume 2: Autres réflexions et "pas de côté") - 1:36' Un film de Jean-Claude Decourt
https://www.youtube.com/watch?v=8KUJfq2pJXE
Simplicité volontaire et décroissance - 3 (Changer, et changer le Monde) - 1:22'
https://www.youtube.com/watch?v=zInW2KQPOG4

Edible city (sous-titres en français) Les Villes Comestibles - Faites Pousser la Révolution! 1:10'
https://www.youtube.com/watch?v=bx9lvbcbVuM
Edible City un documentaire qui raconte les histoires extraordinaires de gens très ordinaires qui mettent les mains dans la Terre, qui travaillent à la transformation de leurs communautés par un acte véritablement révolutionnaire
http://vimeo.com/ondemand/ediblecity
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Collectif Alternatiba dans l’Yonne - village des alternatives
http://www.transition89.lautre.net/
Avenir sans pétrole: Faire émerger d'autres possibles ! - Personne ne peut accepter de changer son mode de vie s’il n’a pas compris pourquoi c’est inévitable
http://www.avenir-sans-petrole.org/

Le village des possibles - Village associatif et alternatif - Communautés , collectifs, écovillages, squats…
http://decroissons.wordpress.com/habitat/village-associatif-alternatif/
GEN consists of a constantly expanding network of intentional communities and ecovillages bridging all cultures and continents.
http://gen-europe.org/
Eurotopia répertoire d’écovillages européens. Pour tous ceux qui projettent d’aller à la rencontre des écolieux et des écovillages en Europe, il fournira adresses et descriptions
http://eurotopia.de/

How to Transition into the Tiny House Lifestyle: Downsizing e-Course
http://tinyhousetalk.com/tiny-transition-and-downsizing-ecourse/
Findhorn is an eco-community located in the North of Scotland, next to the small village of Forres and just off the Findhorn Bay of Moray. After visiting this Winter I was amazed at the possibility of living a carbon neutral lifestyle on such a large scale. It is the largest single intentional community in the UK, an eco-village since 1985, and has an ecological footprint that is half the UK national average.
 
A New We ~ EcoVillages and Ecological Communities in Europe - The Austrian documentary filmmaker Stefan Wolf traveled through Europe in order to explore and document well established eco-communities that portray some of the broad spectrum of lifestyle possibilities that are part of our global effort to transition to a sustainable world.
http://www.newwe.info/
Ecovillage au Japon - ECO village in Japan near Mt.Fuji - Today, this sustainable community is home to more than 60 people who cultivate over 250 rice and vegetable crops across 16 hectares in Shizuoka prefecture’s Fujinomiya City, 2.5 hours west of Tokyo.

Le Projet « ÉcoVillage de Transition » est inspiré par un type d'économie alternatif, qui pourrait changer définitivement notre manière de vivre et particulièrement de commencer à vivre libéré - un projet collaboratif
http://rebelquest.crosschapters.info/
Carte des alternatives ... à la découverte de ces « vivre autrement »
http://voyageurs.en-transition.fr/carte-des-alternatives/
Projets d'habitat groupé et solidaire sur la région Ouest - Coopérer pour un Habitat Durable
http://cohabitatsolidaire.org/

Les chemins de traverse : Eco projet en Bretagne sous forme d'éco-village avec trois pôles sur plusieurs hectares - La ferme auberge musicale ( 1er pôle),le centre de : médecines traditionnelles (2ème pôle), centre d'Eco-constructions (3ème pôle )
http://fanoperrin.wix.com/lescheminsdetraverse
Vivre en autonomie
http://www.reporterre.net/spip.php?article606
Les Jardins du Loup au nord de Grasse - Jardin nourricier Parmaculturel et Participatif -Association pour le développement des pratiques agroécologiques et de la Permaculture
http://www.lesjardinsduloup.fr/
Photos : Construire sa maison, conserver des aliments, etc
https://www.flickr.com/photos/hardworkinghippy/sets/

Gaia Education - Learn how to design with experts from the best research and development centers for carbon-constrained lifestyles! Choose from face-to-face programmes in 34 countries or study online with a global community!
http://www.gaiaeducation.net/

Marinaleda, un village en utopie en Espagne petit village d'Andalousie qui développe depuis des années un système social et politique à contre-courant du modèle prédominant.
https://www.youtube.com/watch?v=UkLbnLpHl-8

Entreprise de transition - Coopérer, innover, anticiper ! Une entreprise de transition (EdT) est une entité commerciale économiquement viable qui répond à un réel besoin de son territoire, dispense des avantages sociaux et exerce un impact environnemental bénéfique ou a minima neutre.
http://anambles.wordpress.com/2012/05/18/entreprise-de-transition/

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Un éco-quartier, ou quartier durable est un quartier urbain qui s'inscrit dans une perspective de développement durable : il doit réduire au maximum l'impact sur l'environnement, favoriser le développement économique, la qualité de vie, la mixité et l'intégration sociale.
Il s'agit de construire un quartier en prenant en considération un grand nombre de problématiques sociales, économiques et environnementales dans l'urbanisme, la conception et l'architecture de ce quartier.

L'éco-quartier va intégrer en amont de sa conception de nombreux critères, notamment :
  -  la gestion de l'eau : traitement écologique des eaux usées, épuration, protection des nappes phréatiques, récupération de l'eau de pluie pour une ré-utilisation dans le quartier
  -  le traitement des déchets : collecte des déchets sélective, tri, recyclage, compostage, traitement thermique
  -  la stratégie énergétique : atteindre un bilan énergétique neutre, voire positif, c'est à dire que la production et la consommation d'énergie doivent au minimum se compenser. La politique énergétique du quartier durable devra reposer sur des énergies renouvelables, et la mise en place de système spécifiques, comme par exemple une usine de méthanisation
  -  l'utilisation de matériaux locaux et écologiques pour la construction : éco-conception, éco-construction, éco-matériaux
  -  le respect des critères de la Haute Qualité Environnementale pour la construction
  -  la mise en place de systèmes de déplacements propres : transports en commun, transport doux, réduction des distances
  -  une politique de mixité et d'intégration sociale, avec toutes catégories de populations se mélangeant dans le quartier
  -  la participation des citoyens à la vie du quartier, la mise en place d'une gouvernance
  -  la création d'équipements, de commerces, d'infrastructures accessibles à tous

Selon le Ministère de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement Durable et de l'Aménagement du Territoire, un éco-quartier coordonne dans un même dynamique les éléments suivants :

  -  la réponse à l’évolution démographique par une gamme de logements adaptés aux différentes situations et aspirations, dans un esprit d’équilibre social et inter-générationnel
  -  la création d’une ville vivante et diversifiée, par la création d’emplois, et l’impulsion de nouvelles dynamiques économiques et commerciales
  -  la promotion des "courtes distances", le développement de modes de transports alternatifs à la voiture individuelle, la promotion des modes doux et de la mobilité intermodale
  -  des choix énergétiques raisonnés et le recours aux énergies renouvelables
  -  l’utilisation des techniques, matériaux et dispositifs propres à l’éco-aménagement et l’éco-construction
  -  la création de systèmes alternatifs d’assainissement et de gestion des eaux pluviales
  -  une intégration de la prévention des risques et de la lutte contre les nuisances comme éléments constitutifs de l’optimisation du cadre de vie
  -  la protection des paysages et une approche des espaces naturels comme valeur ajoutée à l’urbanité du quartier, et comme trame support de la biodiversité
  -  une gouvernance renouvelée où la participation, l'information et la formation des différents acteurs permettent que les principes et innovations du nouveau quartier soient compris, acceptés et intégrés dans les pratiques et les gestes quotidiens de tous les habitants

De nombreux exemples d'éco-quartiers fleurissent en Europe : le quartier Bedzed de Londres, le quartier Vauban à Fribourg, ou encore le quartier B001 de Malmö. En France, la ville de Lille a pour projet de construire un éco-quartier de 10 000 habitants.

Source : http://www.vedura.fr/economie/amenagement-territoire/eco-quartier
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La "Ville durable" a été définie lors de la conférence européenne sur les Villes durables qui s’est tenue à Aalborg au Danemark en 1994.

Toutes les Villes présentes y ont signé une Charte des Villes Durable, et se sont engagées : "…Nous comprenons qu'aujourd'hui notre mode de vie urbain, et en particulier nos structures - répartition du travail et des fonctions, occupation des sols, transports, production industrielle, agriculture, consommation et activités récréatives - et donc notre niveau de vie, nous rendent essentiellement responsables des nombreux problèmes environnementaux auxquels l'humanité est confrontée".

Cela est d'autant plus vrai que 80% de la population européenne vit dans des zones urbaines. "Nous avons pris conscience que les niveaux de consommation des ressources par les pays industrialisés ne peuvent satisfaire l'ensemble de la population actuelle, et encore moins les générations futures, sans détruire le capital naturel.

Nous sommes convaincus qu'une vie humaine durable ne peut exister sur cette terre sans collectivités locales durables. L'autorité locale est proche des problèmes environnementaux et la plus proche des citoyens ; elle partage les responsabilités avec les autorités compétentes à tous les niveaux, pour le bien-être de l'homme et de la nature. Les villes ont donc un rôle essentiel à jouer pour faire évoluer les habitudes de vie, de production et de consommation, et les structures environnementales…"

Les Villes Durables s’inscrivent dans une démarche de développement durable, qui peut se concrétiser notamment par un agenda 21 local.

Elles privilégient :
- L'aménagement durable du territoire
- La protection de l’environnement
- L’intégration des préoccupations sociales des habitants, notamment en termes de santé, d’emploi, de logement
- La qualité de vie, le cadre de vie
- La construction de villes denses pour économiser l’énergie, les infrastructures, réduire l’empreinte écologique
- La consommation responsable
- La mixité sociale
- La démocratie participative

Selon le Conseil des Communes et des Régions d’Europe, quelques 2300 autorités locales européennes avaient signé la Charte d’Aalborg en 2004.

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Une belle histoire :
Couleur Nice N°21 sept. 2014

Elle est docteur en astrostatistique, spécialiste de la recherche d’exoplanètes, et chercheur en climatologie au Commissariat à l’Énergie Atomique. Il est ingénieur en informatique, au CEA également. Enfin... Il faudrait employer l’imparfait. Car voilà deux ans, avant ses 30 ans, Isabelle Smith quittait le milieu de la recherche pour s’investir bénévolement dans des actions citoyennes éco-responsables, tandis que son compagnon Damien Allard, 44 ans, s’accordait un congé sans solde, et sans retour. Ils quittent alors leur vie parisienne, direction les Sables d’Olonne. Près de la maison de famille de Damien, ils jettent leurs affaires dans un cabanon en bois acheté pour l’occasion, ferment la porte et chevauchent leurs vélos à sacoches, tente et duvets ficelés sur le porte-bagage, avec un mot en tête : partir. Direction : le Sud. Ils ne vont pas s’installer au soleil, ce voyage étant un but en soi et Nice, ville de cœur d’Isabelle, pour autant qu’elle en ait une, n’est qu’un prétexte. Au premier tour de pédale, c’est un immense soulagement. La légèreté n’est peut-être pas insoutenable, n’en déplaise à Kundera.

Nous les avons rencontrés à leur arrivée à Nice, où ils s’accordent quelques semaines de repos avant de repartir pour les Sables d’Olonne. De l’Atlantique à la Méditerranée, deux points d’attache dans l’hexagone, à mille kilomètres l’un de l’autre, au bas mot. La trajectoire importe peu. Seule la manière compte : voyager sans pétrole et sans argent. Leur trip n’est ni sportif, ni hédoniste. Ce n’est pas une lune de miel version boy-scout. Plutôt une rupture. « Comme tout français moyen, nous avions pris l’habitude de vivre avec 120 esclaves à notre service chaque jour », explique Damien. L’équivalent pétrole d’un mode de vie reposant sur les transports et la technologie. « Acheter un yaourt qui a fait 4000 kilomètres alors qu’il y a une laiterie à deux pas, ce n’est pas normal. J’avais l’impression de marcher sur la tête ! », renchérit-il. La coupe était pleine aussi pour Isabelle, saturée de pollution urbaine, vissée à ses ordinateurs, militante écolo écœurée par la politique. « Cette vie en métropole, je ne pouvais plus ! », résume-t-elle. En mars, leur résolution est prise : ils n’y reviendront pas. Ils veulent se mettre au vert, rompre avec les dépendances du monde moderne, changer d’optique, se sevrer du pétrole et ne plus cautionner l’euro et tous les rouages de la finance. En un mot, ralentir. La croissance, oui, mais pour les tomates du potager. Avant de cultiver les leurs, ils s’offrent une parenthèse, désireux d’explorer des alternatives au capitalisme, d’observer comment vivent les gens en France, et surtout, ceux qui travaillent la terre.

Transition, passage obligatoire

Isabelle et Damien ont tout du profil des « transitionneurs », cette espèce naissante en marge de la société de masse, pionnière et colonisatrice. Sur les routes, le couple propose ses services, du déménagement au ponçage, du désherbage à l’arrosage, contre quelques vivres, un repas, parfois le gîte. Par-dessus tout, ils aiment l’échange, présenter leur démarche, partager leurs idées, espérant faire basculer quelques consciences de l’autre côté de la mondialisation, ou, au moins, faire faseyer la voile formatée qui pousse la masse dans une seule et même direction : le mur. « Alter » plus qu’« anti » mondialistes, ils arpentent l’hexagone comme des éclaireurs. Ils disent stop, pas au nom de leur petit confort nombriliste, mais bien pour sauver la planète. Ni plus ni moins. Il faut donc d’abord mettre un pied, ou une roue, hors du système et s’interroger sur l’impact de l’homme sur l’éco-système. S’interroger pour de vrai. Lorsqu’Isabelle parle du crash écologique imminent auquel l’humanité va être confrontée, tant au niveau des ressources énergétiques qu’au niveau climatique, et elle en connaît un rayon, elle s’empresse d’évoquer une série d’actions possibles pour limiter la casse.

« Au cours de l’âge d’or du pétrole, avec l’énergie produite par un baril, on pouvait en extraire 30. En 2010, on utilisait un baril pour en extraire trois. Et aujourd’hui, il faut un baril pour en extraire tout juste un et demi ! », explique Damien. Et ce n’est là qu’un aspect de la crise qui sera à la fois énergétique, économique, climatique et sociale. Apocalypse now. « Difficile de prendre la mesure de la catastrophe qui se prépare sans commencer à réfléchir à des solutions », poursuit Isabelle. Alarmistes oui, défaitistes non. Le meilleur des mondes n’est assurément pas ici. Ne baissons pas les bras pour autant. « On fout en l’air la planète, aucun doute là-dessus. La question, c’est : à quelle vitesse ? Il existe pourtant une alternative : ralentir. Il faudrait pour cela que les gens consomment moins », dit Damien, perplexe. Prêcher la décroissance donc. Et se préparer au choc, notamment pétrolier. « Nous aurons tous à renoncer un jour. Nous faisons le choix de renoncer en douceur aujourd’hui, de changer d’optique en nous rapprochant des besoins vitaux de l’homme », précise Isabelle. En pédalant, ils amorcent gentiment leur transition.

Permaculteurs, les nouveaux agriculteurs

Et depuis leur départ, ils n’ont cessé de rencontrer des gens qui ont eu ce même courage, celui de changer de mode de vie, d’être autonomes en énergie, en nourriture pour certains. Car Isabelle et Damien sont des woofeurs nomades, prêtant main-forte dans des fermes. « Certains hôtes de woofing sont pour nous de véritables modèles ! », s’exclame Isabelle. Comme Hans et Maria, ce couple de Hollandais, chauffant eau et maison grâce à un poêle de masse ou au soleil, faisant leur bois dans la forêt voisine, récupérant l’eau de pluie traitée avec un filtre à UV, cultivant leur potager en mode permaculturel. Le bio, c’est bien, la permaculture, c’est mieux. Plus qu’une manière de cultiver, c’est une éthique qui relève de l’écologie profonde. Une manière de se soucier de la Terre dans la durée, pour qu’elle reste fertile tant pour l’homme que pour les autres espèces. L’agriculteur partage la terre avec les insectes, les oiseaux, et les plantes sauvages. Abandonnant l’optique d’exploitation intensive, il suit quelques règles : plutôt que de retourner la terre et de l’appauvrir, il fait des buttes, utilise le compost, la rotation des cultures, respecte la saisonnalité... Isabelle et Damien avaient lu tout cela et pris part activement à des mouvements collectifs tels que le Festival des Utopies concrètes en Île de France. Ils mettent à présent les mains dans la terre, et font leur apprentissage. « Des gens comme Hans et Maria, ont un impact minimal sur la planète. Ils se croient souvent isolés et désespèrent un peu de ce monde qui ne change pas. Nous leur disons qu’à quelques dizaines, centaines de kilomètres, d’autres familles vivent comme eux ! Il y a même des villes qui font le choix de la transition ! C’est le cas de Villeneuve-sur-Lot que nous avons traversée, où a été mise en place une monnaie locale, l’Abeille, depuis quatre ans. D’autres villes réfléchissent à l’espace nourricier, avec les jardins partagés, etc. »

Ici dans les Alpes-Maritimes, après une semaine de woofing dans une ferme permacole à Pont-du-Loup, nos permaculteurs en herbe se sont rendus à l’éco-hameau de La Penne où Françoise Arias fait son pain en mode permaculturel. Champ de variétés anciennes de blé, charrue à traction animale, moulin à meule de pierre. Seule petite entorse : l’utilisation ponctuelle du tracteur. Dans la ferme voisine, Katia et Bertrand Ollivier produisent de la spiruline. Non loin, à Sallagriffon, l’apicultrice Florence Eymery, qui fait un miel divin, élève avec son mari, de beaux agneaux, cultive son blé et son potager avec la même éthique... « enfin, quand ça marche ! », précise-t-elle, réaliste. « Mais si nous avons pu élever nos enfants et leur donner la chance de faire des études, c’est grâce au Commissariat à l’Énergie atomique où travaille mon mari à mi-temps, comme technicien. » Retour à la case départ. Tout n’est peut-être pas comme dans les livres.

Pourtant, le bémol de l’apicultrice n’ébranle guère les résolutions d’Isabelle et Damien, père de trois enfants (un fils de dix-sept ans et des jumelles de dix ans). « Les études supérieures ne seront plus, très vite, gage d’un confort de vie. Savoir subvenir à ses besoins me paraît plus important. La débrouillardise, c’est certainement ce que je leur transmettrai de plus utile. » Être résiliant, ce n’est certainement pas perpétuer le modèle économique hérité des Trente glorieuses. C’est plutôt se préparer à l’exode urbain, et surmonter l’onde de choc. « Une ville n’est autonome en nourriture que pendant trois jours ! À terme, la ville n’est pas viable et des millions de citadins risquent de se tourner vers les campagnes sans être préparés », assène Isabelle qui a longuement mûri la question et a milité pour les villes en transition.

La sobriété heureuse

Comment vivre heureux de façon viable à grande échelle ? Commencer par soi-même. Ces néo-voyageurs qui se réclament de Pierre Rabhi pratiquent la philosophie du colibri pour amorcer la « transition » en douceur, contrairement à des écolos plus radicaux. Entrer dans un cercle vertueux sur la pointe des pieds, bâtir une utopie douce, reconsidérer la Terre où faire germer un monde meilleur. Tel est le sens de leur croisade verte. Isabelle et Damien vont bientôt repartir, à l’affût d’un endroit où poser leurs valises. Un lopin de terre à cultiver pour vivre dans la « sobriété heureuse », ainsi que l’exhorte le philosophe-paysan depuis son jardin dans les Cévennes. « En rentrant sur la côte atlantique, on va essayer de faire la synthèse de tout ce que nous aurons vu, et tenter d’avoir une empreinte écologique la plus faible possible », explique Damien qui, en complément du travail de la terre, aimerait construire des bateaux en bois dans un chantier naval, l’un de ses rêves, tandis qu’Isabelle enseignerait à temps partiel.

Transition douce en perspective pour ce couple solidaire. Et dans leurs yeux brillent un idéal : partager ce mode de vie avec d’autres personnes, à l’échelle d’un hameau, ou d’un village voire plus. Quoiqu’en dise Candide, le philosophe Pangloss n’avait pas tort : cultivons notre jardin. Voltaire peut ironiser, sous sa plume satirique, il avait peut-être vu juste.

Caroline Audibert de Couleur Nice N°21 sept. 2014
http://www.couleur-nice.com/

Poursuivre: Isabelle et Damien ne voyagent pas seuls !
Ils invitent toutes les initiatives alternatives qu’ils croisent sur leur chemin à rejoindre le mouvement d’Alternatiba.
www.alternatiba.eu
Pour aller plus loin :
Villes en transition - www.transitionfrance.fr


« Réseau Diois Transition Biovallée de la Drôme »



 

Prévisualiser la vidéo YouTube Simplicité volontaire et décroissance (Volume 1: Réflexions)

Prévisualiser la vidéo YouTube Simplicité volontaire et décroissance (Volume 2: Autres réflexions et "pas de côté") 2/2

Prévisualiser la vidéo YouTube Simplicité volontaire et décroissance Volume 3 (Changer, et changer le Monde)

Prévisualiser la vidéo YouTube Mt. Fuji eco village connects to a greener world